L’heure GMT depuis 1850

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Le concours

Cette présentation fait suite au concours étudiant international organisé par Lange & Söhne, auquel j’ai participé pour l’édition 2013. Il consiste en une semaine de « stage » à Dresden/Glashütte (en juin 2013 ; l’entreprise paye tous les frais de la semaine) puis en quelques mois de conception/réalisation (de juin à novembre 2013).
Cette année, on nous a demandé de créer une heure GMT sur le mouvement ETA 6497. C’est l’Autrichien Paul Wudy qui a gagné. Je vais présenter ici l’évolution de l’heure GMT depuis 1850 et les 8 projets qui ont été présentés au jury.

Lange & Söhne

Lange & Söhne est située à Glashütte, au sud de Dresden, dans l’est de l’Allemagne. Fondée en 1845, par Ferdinand Adolph Lange, l’entreprise est nationalisée en 1948 par les communistes. Elle connait un renouveau en 1994, date à laquelle elle présente 4 nouvelles collections de montres haut de gamme : Lange 1, Tourbillon « Pour le mérite », Saxonia et Arkade.

En quoi consiste la complication  « GMT » et dans quelle mesure est-il possible de la réinventer ?

I    La complication GMT

1) Complication reine en 2014

A l’issue de Baselworld 2014, de nombreuses montres GMT étaient dans le Top des critiques.
Suzanne Wong, de Singapour, a retenu la Seamaster GMT d’Omega en n°4. Enfin, une montre femme sobre et élégantes, avec le design Omega et la complication GMT !
Maria Doulton, pour The Jewelry Editor, a quant à elle eu son coup de cœur pour l’Escale de Louis Vuitton. Elle apprécie d’avoir une heure universelle vivement colorée avec tous les petits drapeaux en émail peint. Ça change du design habituel.
Enfin, Louis Nardin a carrément placé en n°1 la nouvelle GMT de Patek Philippe : l’Aquanaut Travel Time Reference 5164A. Il apprécie l’interface utilisateur qui permet, grâce à deux boutons poussoirs, de corriger indépendamment l’heure locale et l’heure GMT. De plus, chaque heure est associée à un jour/nuit respectif, ce qui rend l’heure très lisible sans surcharge.

A l’issue de Baselworld 2014, on constate donc que le GMT se féminise et que de nouvelles interfaces utilisateur sont toujours imaginables. Mais s’il y a bien une montre que toute la critique a encensée à l’issue du SIHH 2014, c’est la Terraluna de Lange & Söhne qui comporte notamment un GMT.

2) Historique

GMT et UTC

GMT (Greenwich Mean Time) est un système temporel basé sur la rotation terrestre. Il est utilisé par la marine britannique et, en 1847, il devient officiel en Grande Bretagne pour simplifier les correspondances des voyageurs par train (avant, chaque gare possédait une heure locale…). Lorsqu’on accepte le GMT, on accepte de considérer qu’une journée fait 24h et qu’elle commence à minuit à Greenwich.

UTC = Universal Time Coordinated, se développe au cours du XXème siècle.  C’est un système temporal basé sur le temps atomique international. En 1972, il devient la base du temps civil international (la France l’adopte en 1978).

Fuseaux horaires

Les fuseaux horaires divisent le monde en 24 secteurs de 15°. En 1858, Quirico Filopanti (mathématicien italien) propose cette vision de la division du monde et centre la carte sur Rome. Personne n’en veut. En 1876, Sir Sandford Fleming (ingénieur et géographe montréalais) propose exactement la même carte au Royaume-Uni mais la centre sur Greenwich. Le Royaume-uni adopte ce système et comme un tiers du monde appartient alors à la couronne britannique, le système s’impose dans le monde entier.

Remarquons que certains pays ne sont pas dans leurs fuseaux. Par exemple, la Pologne est dans le même fuseau que la France (soit 2 fuseaux d’écart) pour des raisons européennes. Il en résulte qu’en été le soleil se lève très tôt en Pologne (vers 5h du matin, il fait déjà plein soleil) ; il y a donc un décalage énorme entre le temps et le soleil.

Quart et demie heure
Ainsi, certains pays ont des quarts d’heure et des demi-heures d’écart par rapport aux fuseaux normaux, soit pour mieux correspondre au soleil, soit pour contester le jeu de la mondialisation à l’occidentale (c’est le cas du Venezuela et de l’Iran).

Liste des exceptions aux fuseaux :
• Iles Marquises (-9h30)
• Venezuela (-4h30)
• Terre-neuve (-3h30)
• Iran (+3h30)
• Afghanistan (+4h30)
• Inde et Sri Lanka (+5h30)
• Népal (+5h45)
• Australie centrale (+6h30)
• Australie occidentale (+8h45)
• Iles australiennes (+9h30 / +10h30 / +11h30)

3) Horlogerie

Les premières montres de poche GMT
On trouve déjà des heures GMT dans des montres de poches.
En 1775, Rouzier et Melly crée une montre de poche dont le cadran central de 24h tourne en permanence autour d’une couronne où des localités sont inscrites (époque des heures locales).
En 1885, Béguelin à Tramelan, propose une montre similaire mais cette fois on distingue clairement 24 fuseaux horaires (en effet, les fuseaux horaires ont été adoptés depuis 9 ans).
En 1900, Achille Hirsch propose cette montre de poche où l’on trouve une multitude de cadrans avec heures/ minutes indiquant des heures de grandes villes.
Ces 3 exemples sont des montres qui ont été conçues et réalisées de manière artisanales.
Il faut attendre 1931 pour que Louis Cottier mette au point une solution technique industrielle pour la complication du GMT.

L’heure universelle
Louis Cottier est un horloger Genevois de renom. Il crée un brevet pour Patek Philippe et Vacheron Constantin qui permet d’industrialiser l’heure universelle. Par là même, il pose la définition d’une « heure universelle » : il faut un cadran avec 24 noms de villes et le jour/nuit est facultatif. On peut ainsi savoir spontanément l’heure dans les 24 fuseaux.

Le GMT

Dans les années 1950, ROLEX, à la demande de la Panam, célèbre compagnie aérienne américaine, va créer la montre dite « GMT ». La compagnie voulait que ses pilotes puissent avoir en un coup d’œil l’heure de l’aéroport de départ et l’heure de l’aéroport d’arrivée. Pour répondre à ce besoin, ROLEX va ajouter une 4ème aiguille qui tourne en 24h et qui se corrige par cran d’heure avec la couronne. Le jour/nuit est indiqué en rouge et bleu sur la lunette.

Lire l’heure GMT

Il existe donc 2 solutions esthétiques pour lire une heure GMT :
le dual time = GMT, avec une aiguille rajoutée, ou
le global time = heure universelle, avec un disque des villes.

On peut afficher différents temps sur sa montre GMT :
le local time = là où on est
le home time = l’heure du foyer ou l’heure d’où on vient
l’ other time ou call time = un autre fuseau ou le fuseau d’un correspondant téléphonique

Régler l’heure GMT

Il existe 2 méthodes et 2 astuces pour régler une heure GMT. Le mode d’emploi donne un texte un peu long trouvable sur internet. Cela n’a rien de compliqué si on a une montre GMT sous la main. Cependant, un problème récurrent apparait : il faut connaitre les fuseaux par cœur !
Par exemple, si je vous demande le décalage qu’il y a entre Paris et Montevideo, soit vous le savez par cœur, soit vous ne le savez pas du tout.
J’ai donc gardé ce problème en  tête lors de la conception de ma complication.

Les enjeux techniques liés au GMT

2 problèmes se posent : l’empilement et l’engrènement.
Un GMT comporte de nombreuses pièces, ce qui épaissit la montre pour une « valeur ajoutée » en cadrature qui peut paraître faible (« juste une aiguille en plus »).
Par ailleurs, il existe une astuce pour juger de la qualité d’un GMT : il suffit d’agiter la montre et de voir si l’aiguille GMT se déplace (parfois, l’aiguille se déplace de 5 à 10 minutes!). En effet, plusieurs renvois sont parfois nécessaires pour obtenir le GMT et le jeu d’engrenages se cumulent. Un moyen de le supprimer est d’utiliser une denture élastique ou un forme de dent NIHS légèrement bombé ; les tolérances d’usinage sont alors infimes !

Enjeux utilisateur liés au GMT

J’ai réalisé un sondage pour savoir ce qui était important pour l’utilisateur d’une montre GMT. Plusieurs critères sont ressortis.
– Le besoin du caché/révélé : à la manière de la montre Dressage d’Hermès, le GMT doit pouvoir être caché car on en a pas tout le temps besoin.
– Le jour/nuit : critère très important pour l’utilisateur qui ne doit pas déranger son contact à l’autre bout du monde.
– La date : particulièrement important pour les personnes vivant proche de la ligne de changement de date ; surtout s’il la traverse régulièrement.
– L’heure d’été et d’hiver : en plus des fuseaux, viennent s’ajouter les heures d’été et d’hiver. Cela rend très complexe l’heure GMT car tous les pays n’utilisent pas ce système, et les pays l’utilisant ne se décalent pas tous de la même portion de temps !
Ainsi si je suis à Paris en hiver, je dois déjà corriger mon heure locale puis me décaler du nombre de fuseaux GMT et éventuellement prendre en compte l’heure d’hiver du pays de mon correspondant…

II   La réinterprétation du GMT (8 projets)

1) Systèmes trainants et apparents

– Ville Kontio (28ans, Finlande)
Ville voulait au départ réaliser un système de saut instantané. Par manque de temps, son GMT marche finalement en traînant. Une goupille placée sur une roue de heures vient faire tourner la roue étoile GMT. Le système de correction rapide n’a pas pu être fait, du coup une ouverture a été laissée à midi pour passer une buchette de buis.

Ce que Lange a dit : « Nous avons aimé les proportions de la cadrature. Le mécanisme était fonctionnel et précis bien que très simple. Un mécanisme de saut instantané aurait été mieux. »

– Florian Albert (24 ans, Allemagne)
Florian a misé sur un affichage novateur de l’heure GMT. Un disque tourne de manière trainante. Ses secteurs sont peints en rouge ou blancs. Lorsque l’on voit 1, 2, 3  secteurs rouge à midi, il est 1, 2, 3 (ou 13, 14, 15h) dans le GMT. Quand on voit 4 secteurs rouge (3 à midi + 1 à 3h), il est 4 ou 16h dans le GMT. Et ainsi de suite…

Ce que Lange a dit : « Le jury a aimé l’idée créative derrière ton projet mais craint qu’on ne puisse pas comprendre l’indication à première vue (on ne comprend pas que c’est un GMT). De plus, l’affichage est très petit (bien que prenant beaucoup de place en cadrature) et donc très difficile à lire. »

2) Systèmes limaçon et caché

– Marlon Kronser (28 ans, Allemagne)
Le système de Marlon est original car il n’indique pas directement le GMT. Et oui ! A midi, on règle en fait la « différence de temps » entre les deux fuseaux grâce au poussoir à 2h.  Et lorsqu’on appuie sur le poussoir à 9h, on vient faire tourner la roue des heures (qui est couplée à la roue des heures d’origine grâce à un spiral). Ainsi, on affiche temporairement l’heure du GMT tant qu’on appuie, et lorsqu’on relâche, les aiguilles reviennent à l’heure locale.

Ce que Lange a dit : « Le second cadran pour le réglage de la différence de temps porte à confusion et on croit qu’il s’agit en fait de l’heure GMT. De fait, le mécanisme n’est pas très évident. »

De mon point de vue, il aurait fallu rajouter les mots « time difference » sur le cadran à midi.
De plus, il y a un problème : il manque une couronne de chiffres pour rendre le réglage de la différence de temps plus facile. En effet, +1h = -11h, +2h = -10h , … , +11h = -1h.

– Ryuhei Amaike (25 ans, Japon)
Ryuhei était parti sur une solution technique très complexe au départ. Il a tout changé et réalisé ce projet en deux semaines !
Les problèmes de l’empilement et de l’engrènement sont résolus mais la mise à l’heure du GMT est très complexe.
La roue des heures au centre engrène avec une roue portant une came. Cette came porte un excentrique qui fait tourner la roue étoile du jour/nuit. Lorsqu’on appuie sur le bouton poussoir à 8h, l’heure GMT apparait dans les ouvertures du cadran (à ce moment là, le doigt du levier vient en butée sur la came).

Le problème réside dans la mise à l’heure du GMT. Il faut mettre à l’heure normalement jusqu’à ce qu’il soit 1h ou 13h dans le GMT. On appuie alors sur le poussoir à 8h, ce qui va bloquer la came si on met à l’heure dans le sens anti-horaire. On règle alors notre heure locale (en tenant compte qu’il est 1h ou 13h dans le GMT), on relâche le poussoir à 8h, on remet tout ensemble (GMT + locale) à l’heure. Ça demande tout de même une petite gymnastique de l’esprit.

3) Systèmes inspirés de l’astronomie

– Daniel Einarsson (29 ans, Islande et Danemark)

Daniel a carrément décidé de refaire tout le mouvement ! S’inspirant des systèmes astronomiques, il a même rajouté une lune avec ses phases sous la forme d’un demi-dôme pivotant autour d’une demie-sphère. L’aiguille est une aiguille des heures tournant en 12h. Et la demi-sphère représentant le monde tourne en 24h. On peut ainsi lire l’heure de tous les fuseaux instantanément. Cependant, l’absence d’indexs rend la lecture difficile.

Ce que Lange a dit : « Le jury a été très impressionné par la créativité et la fabrication de ton projet. Le seul souci c’est que tu es allé trop loin par rapport au sujet et tu n’a pas clairement conçu une heure GMT. »

– Eise Soreto (27 ans, Pays-Bas)

Eise a eu une des idées de conception les plus originales, si ne n’est la plus originale. Le seul problème est qu’il en résulte une heure GMT difficile à lire (essayer de deviner l’heure sur les photos !).
En fait, grâce à un engrenage planétaire à denture intérieure, l’aiguille GMT (qui est en fait un disque avec une denture) indique l’heure GMT et le jour/nuit en même temps !
Grâce à un mobile de minuterie modifié, l’heure GMT change par saut instantané toutes les heures.
Et grâce à une bascule modifiée, on corrige l’heure GMT directement à la couronne sur une 3ème position de tige.

Eise voulait même faire une heure universelle avec un disque de villes. En tournant la lunette, on aurait pu faire sauter l’heure GMT de villes en villes. Il n’a pas eu le temps de mener le projet jusque là mais la solution technique qu’il a présenté est déjà très impressionnante. Lange a d’ailleurs hésité à le faire gagner.

Ce que Lange a dit : « Ton travail a été très apprécié par le jury pour l’idée créative qu’il y avait derrière et plus particulièrement pour l’indication jour/nuit directement intégrée dans « l’aiguille » GMT. Très intelligent ! Tu étais très proche du gagnant et tu as été classé second. » [Pour ceux qui m’ont demandé : Eise n’a rien gagné].

4) Paul Wudy (21 ans, Allemagne) : montre qui affiche les 1/4 heures

Paul a gagné le concours en réalisant une montre capable d’afficher les fuseaux horaires au quart d’heure près (!)

Le système est très simple dans l’interface utilisateur. Les aiguilles rouges indiquent le home time, et au dessus, les blanches indiquent l’heure locale. Lorsqu’on met à l’heure de manière normale, tout se met à l’heure en même temps. Mais lorsque j’appuie sur le poussoir à 10h, je bloque les aiguilles rouges (home time) et je ne mets à l’heure que les aiguilles blanches (heure locale) à la minute près. Lorsque je relâche le poussoir, les aiguilles rouges se recalent avec un écart au quart d’heure près (90° ou 180° ou 270° ou 360°). [Ceci est possible grâce à un mobile de minuterie libre (vert), indexé sur une roue étoile liée à l’autre mobile de minuterie (violet)].
En effet, on peut faire disparaitre les aiguilles rouges (home time) pour n’avoir que l’heure locale (aiguilles blanches) quand on est chez soi.

Cette montre permet donc d’afficher tous les fuseaux horaires ET les heures d’été et d’hiver. Ce qui a pleinement convaincu le jury Lange.

J’ajouterai que sa complication ne comporte que 16 pièces principales (hors vis et goupilles), ce qui est peu pour la fonction affichée !

5) Luc Villaverde (24 ans, France) : montre à heure universelle

Ma montre est une proposition d’heure universelle.

Mon sondage m’a révélé que le besoin le plus important pour l’utilisateur était le jour/nuit. J’ai donc décidé de mettre en scène ce jour/nuit au centre de la montre, sous la forme d’un tag en référence au Mur de Berlin et à certains quartiers de Dresden que nous avons visités.
Le Jour/Nuit est fixe et les villes – sous la forme de codes aéroports imaginaires – tournent autour en permanence.
2 poussoirs à 2h et 4h permettent de régler 2 aiguilles et l’aiguille GMT, plus petite, peut être cachée sous l’aiguille d’heure locale. Au centre, une aiguille indique les minutes.
L’esthétique générale est inspirée de garde temps anciens datant de la Renaissance.

Ce que Lange a dit : « La jury a beaucoup apprécié le mécanisme et le niveau de finitions de ta montre. Il a même pensé à te décerner un prix spécial pour ton dossier, qui était excellent tout en étant très divertissant. » [Pour ceux qui m’ont demandé : je n’ai rien gagné].

Conclusion

La complication GMT a beaucoup évolué depuis 1850. Mais les possibilités de réinterprétations d’une complication sont toujours possibles. Ce projet a été pour moi un exercice très complet et formateur.

Ouverture

Cela fait 5 ans que le concours existe. Les projets des années précédentes ont réinventé l’équation du temps, la réserve de marche et le quantième. En 2013, c’était le GMT et en 2014, ce sera la lune. [Allez Dino!]  😉

Sources

« La conquête du temps », Fondation de la Haute Horlogerie, 2011
« Montres-bracelets », Brunner et Pfeiffer-Belli, 2006
Lange & Söhne

Remerciements

– Lange & Söhne et plus particulièrement Anne Schaal et Katrin Meusinger
– Tous les guides de Dresden et Glashütte
– Monsieur Ducret, Monsieur Dromard, Monsieur Leconte
– Jean- Baptiste Viot, Kévin Romer
– Pierre Vandenbulcke

 



 

Taillage d’engrenage
Gamme d’usinage

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Un des examens du DMA (Diplôme des Métiers d’Arts) Horlogerie consiste à réaliser un taillage. Pour ma part j’ai usiné la roue étoile d’une élève de deuxième année. Ci-dessous, la gamme d’usinage complète.

A noter que le DMA s’organise en 3 domaines de matières :

  1. Domaine artistique et technique (Dessin industriel, Arts appliqués)
  2. Domaine général (Français, Anglais, Mathématiques, Mécanique, Gestion)
  3. Domaine horloger

Dans le domaine horloger, il y a différents partiels à valider :

  • Spiral Breguet
  • Spiral 10,5
  • Chronométrie
  • Conception et réalisation d’un axe de balancier
  • Conception et réalisation d’un taillage d’engrenage
  • Plantage de pivot
  • Usinage d’une pièce de pendule
  • Sciage et limage d’une aiguille de comtoise
  • Restauration d’une montre et/ou d’une pendule ancienne en 1 ou 2 ans
  • Réalisation d’un ressort fil (avec finition poli bloqué)
  • Projet de montre ou pendule école

 

 

L’horlogerie japonaise durant l’ère Edo (1600-1868)

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Lorsque vous voyez ces deux photos, à quoi pensez-vous ?

Vous êtes-vous déjà interrogé sur les origines du savoir-faire horloger au Japon ?
Pourquoi l’entreprise Seiko est-elle si importante aujourd’hui ?

Avant, les japonais utilisaient des cadrans solaires, des horloges à eau (roukoku) ou encore des horloges à encens (koudokei).

Puis, en 1611, la première horloge lanterne arrive au Japon. Elle est offerte par le roi d’Espagne au Shogun Tokugawa Leyasu suite au sauvetage en mer en 1609 d’un équipage espagnol. Elle avait disparue mais on la retrouve dans un temple en mai 2012.  Les 16 et 17 mai 2012, David Thomson, du British Museum vient expertiser et authentifier la pièce. Elle a bien 400 ans !

Comment les japonais ont-ils transformé l’horloge lanterne occidentale pour créer des gardes temps  qui correspondent à leurs besoins et à leur notion du temps ?

I  / Les bases de l’horlogerie japonaise (1600-1650)

A. Les facteurs influant l’horlogerie japonaise

Des facteurs vont imposer certaines contraintes à l’horlogerie japonaise :

géographiques : du fait du courant de froid sibérien arrivant du nord et du courant tropical arrivant du sud, le Japon possède un climat aux saisons très marquées (les Kigo ; http://fr.wikipedia.org/wiki/Kigo). De plus, se situant sur une faille océanique, les séismes y sont très courants. A la manière des bâtiments, les horloges sont montées sur un socle pyramidal afin de ne pas tomber lors des faibles secousses  sismiques.

culturels : les intérieurs japonais sont très dépouillés et on s’assoit au sol. Une pendule européenne de 1,8m de haut n’a donc pas sa place là-bas d’autant plus que les objets précieux sont rangés dans des coffres.

sociaux : durant l’ère Edo, la société est hiérarchisée selon le système shi-nō-kō-shō. Les horlogers sont considérés comme des travailleurs et ils vont répondre à la demande des personnes aisées : l’empereur, les bushis et les marchands.

Des facteurs favorables vont permettre le développement de l’horlogerie japonaise :
– la spécialité économique du métal : le Japon possède un savoir-faire inégalé dans le monde à ce moment là comme en atteste les vues en coupe des sabres qu’ils sont capables de faire. Une lame est en fait une association de plusieurs métaux durs, moyens et tendres, d’un seul tenant.

B. La notion de temps au Japon

Tout se base sur la boussole chinoise qui est un croisement d’astronomie et d’astrologie.

Le calendrier japonais

Il existe

  • 3 manières de dire les années (en année d’une période (Nengo), en année de règne de l’empereur (jimmu-tenno), le système sexagésimal chinois, 60 ans, (Kanshi)),
  • 2 types de mois : solaires et lunaires
  • des semaines de 7 jours (jour 1 = dimanche).

Les jounées et les moments

Les journées sont divisées en moments (!), associés aux signes du zodiaque chinois, et calés sur le rythme du soleil (midi = midi vrai). Il y a 6 moments pour le jour et 6 moments pour la nuit.
On sonne les coups de 9 à 4 (9 coups à midi et minuit car 9 est un nombre aux propriétés magiques).

Un problème technique apparait tout de suite : tout au long de l’année, les moments n’ont pas la même durée… En hiver, le jour est court et la nuit est longue. Il faudra donc que l’aiguille centrale parcourt  plus vite la partie « Jour » du cadran et plus lentement la partie « Nuit » du cadran.

Il faut donc que l’aiguille avance à deux rythmes différents selon le moment de la journée…

II / L’essor durant l’ère Edo (1650-1850)

La majeure partie de l’ère Edo consiste en une période isolationniste du Japon. En effet, de 1650 à 1850, la politique du Sakoku est appliquée et les étrangers ont l’interdiction de rentrer sur le territoire et les japonais n’ont pas le droit de sortir.

A. Les 3 principaux styles

On trouve des horloges lanterne (yagura-dokei), des horloges de console (makura-dokei) et des horloges colonne (shaky-dokei).

Il est très difficile de dater à 2,5 siècles près une horloge japonaise de l’ère Edo car l’artisanat était très conservateur (on ne signait pas, on reproduisait le travail du maître…). On peut juste dire que l’horloge lanterne est apparue avant l’horloge de console qui est apparue avant l’horloge colonne.

Cependant, des indices, comme les ornementations de fleurs et d’emblèmes, permettent de savoir à quel clan elles appartenaient.

Les photos suivantes permettent de se rendre compte de la taille des horloges.

D’un point de vue stylistique, les ornementations florales sont prépondérantes. Au début, il s’agit de gravure sur le mouvement, puis les platines sont carrément ajourées selon les décors floraux.
On trouve parfois une mise en scène de la cloche : dans un cercle ou entre des ornementations florales.

B. La traduction du temps japonais : les solutions techniques

Innovation 1 : Une sonnerie juste

Cette innovation simple consiste simplement à changer le chaperon occidental qui sonne de 1 à 12 coups par un chaperon qui va sonner de 9 à 4 coups.

Innovation 2 : Un cadran tournant dans le sens antihoraire

Les japonais vont rendre l’aiguille centrale fixe et c’est le cadran portant les indexs qui va alors tourner dans le sens antihoraire,  grâce à un pignon fixé à l’arbre de barillet et à une denture usinée au dos du cadran.

Innovation 3 : Un foliot précis (35 graduations contre 10)

Sur les horloges lanternes occidentales, les foliots possèdent 10 graduations. Les Japonais vont préciser le réglage du foliot en mettant 35 graduations avec des petits et des grands repères.
Il existait une table que les horlogers consultaient pour savoir au fil des jours et au fil de l’année de combien de graduations il fallait bouger le poids.
En effet, à ce stade technique, l’horloger changeait le réglage le jour et la nuit, et au fil des saisons. En hiver : jour court (la pendule échappe plus vite) / nuit longue (la pendule échappe plus lentement). Et inversement en été.

Innovation 4 : Un double foliot (un pour la nuit, un pour le jour)

Ce double foliot permet alors de ne plus à avoir à régler le foliot chaque jour et chaque nuit.
Il y a une double roue d’échappement qui possède un seul pignon engrenant en permanence avec le mouvement. Lorsque le lever ou le coucher du soleil sonne, un système de came, lié à la minuterie, permet de désengrener un foliot de la roue d’échappement et un autre prend le relais (voir vidéo).
Chaque foliot est réglé différemment : un réglage pour le jour, un réglage pour la nuit.
Avec cette innovation, l’horloger vient alors ajuster le réglage des foliots tous les 15 jours.

Innovation 5 : Des indexs amovibles pour les moments

Comme la durée des moments varie tout au long de l’année, il fallait trouver un système pour que la sonnerie retentisse au bon moment (c’est le cas de le dire).
Pour cela, les indexs sont devenus amovibles : avec le doigt on déplaçait l’index du moment. Derrière l’index, il y a une goupille qui, lorsqu’elle passe à midi, soulève le levier de sonnerie, ce qui la déclenche.

A noter que dans les horloges colonnes, c’est le système de sonnerie lui-même qui fait office de poids et d’aiguille. Ainsi, on écarte les indexs des moments plus ou moins et, lorsque le poids/aiguille passe devant l’index, une goupille dégage le levier de sonnerie et celle-ci se déclenche.

Innovation 6 : « L’équation des moments »

Au-delà des indexs amovibles, une autre innovation permet de prendre en compte la durée variable des moments. Je l’ai appelé « l’équation des moments ».
Dans les horloges colonnes, le poids porte l’aiguille et indique l’heure tout au long de sa chute. Un réglette est alors posée sur le poids et on bouge une aiguille dessus. En chutant, l’aiguille va pointer au fur et à mesure des points qui correspondent aux moments de la journée.
En hiver, on voit que le soleil se lève plus tard et se couche plus tôt. Et inversement en été.

C. Les autres horloges

Les japonais ont réussi à miniaturiser et à complexifier leurs mouvements tant d’un point de vue esthétique que technique : horloge de table, pendulette inro (au kimono), horloge de voyage, horloge sabre/de docteur/cloche/alarme etc.

III / L’aboutissement : l’horloge millénaire et la fin de l’ère Edo (1850-1870)

A. L’horloge millénaire (1844-1850)

Tanaka Hisashige la réalise. C’est l’instrument horaire mécanique le plus précis au monde pour positionner un astre par rapport à un point sur la terre (!).
Les moments varient seuls tout au long de l’année grâce à un ingénieux système d’engrènement.
La pendule possède 400 jours de réserve de marche.

Reportage complet d’ 1h14 sur l’horloge millénaire :

B. La fin de l’ère Edo : la Restauration Meiji (1850-1870)

Avec l’arrivée des américains, l’ère Edo touche à sa fin.
1854 : le traité de Kanagawa force le Japon à rompre son isolement
1850-1867 : le Bakumatsu et le Sonnō jōi sont symptomatiques d’une période de xébophobie très violente anti-occidentale
1868 : le Hara Kiri est interdit. le Japon sort de la féodalité. Edo devient Tokyo (l’ère Edo c’est donc l’ère Tokyo, on comprend alors toute l’importance de l’ère Edo pour le pays car aujourd’hui Tokyo est une des villes les plus puissantes du monde).
1873 : adoption du calendrier grégorien et des 24h.
Japonisme (1860-1900) : les horloges japonaises, caduques, sont exportées comme curiosités. On voit apparaitre une production occidentale de pendules japonisantes.

L’ère Edo a permis le développement de centres horlogers au Japon. Les principaux étaient alors : Kyoto, Nagoya, Osaka et Tokyo.

1881 : Naissance de Seiko
1904 : “Le péril jaune” (le Japon rattrape son retard technologique très rapidement)
1945 : Le Japon est vaincu (le Japon devient un Etat)
1947 : 10 000 ouvriers horlogers sont recensés
1969 : Seiko Astron, une montre quartz qui va déclencher « la crise du quartz » en Suisse

Aujourd’hui, le Japon compte deux grandes entreprises horlogères : Seiko et Citizen Watch.
Pour la haute horlogerie, Hajime Asaoka et Masahiro Kikuno, candidats à l’AHCI, créent leurs propres montres et pendules vendues 85 000€ minimum.

Conclusion

De 1611 à 1874, le Japon est le seul pays à avoir autant perfectionné l’horloge lanterne et a développé une véritable horlogerie japonaise.

Ouverture

Il n’existe aucun livre récent, utilisant des méthodes de recherches modernes, sur les horloges japonaises… Avis aux amateurs !

Sources

• Livres
– Histoire illustrée des Montres et Pendules

• Musées
– British Museum
– Seiko Institute of Horology
– National Museum of Nature and Sciences (Tokyo)
– BNF (estampes japonaises Edo)

• Entreprises
– Sundialfarm
– Toshiba http://kagakukan.toshiba.co.jp/

• Webographie
www.louisg.net  (calendriers)
www.alaintruong.com (objets d’art)
www.jcwa.or.jp/eng/historyindustry/history01.html

Pour aller plus loin

Girard Perregaux au Japon (PDF à télécharger)

 



 

Watch counterfeiters
up their game

Fake_watches_are_for_fake_people

 

J’ai décidé de faire une présentation sur la contrefaçon en horlogerie suite à un article presse dont voici la vidéo :

La douane suisse vient d’intercepter une contrefaçon d’une montre tourbillon sauf que cette fois-ci… le tourbillon fonctionne réellement !

Script de ma présentation :

  • Introduction  : Entre une vraie et une fausse ROLEX, il peut n’y avoir aucune différence visible de l’extérieur.
  1. La contrefaçon (de montres) représente une part importante de l’économie mondiale depuis plusieurs siècles.
  2. Différents indices permettent de détecter une contrefaçon. Malgré les risques encourus, il y a une véritable offre et demande de contrefaçons !
  3. Les conséquences néfastes se répercutent à tous les niveaux (entreprises, Etats, consommateurs) et des actions de sensibilisation sont entreprises.
  • Conclusion : la contrefaçon est un marché mondial très important. Les montres contrefaites sont toujours plus sophistiquées. La Suisse (et les pays occidentaux) craignent la contrefaçon et luttent contre, partout dans le monde.

 

 

 

 

 

 

Les poincons
en HBJO

Poincon_JdeF_Platine_reduite

Je commence mes études d’Horlogerie en septembre 2010. En octobre, on me demande de faire un exposé concernant l’habillage de la montre. Ayant été apprenti douane (en Gestion Logistique et Transports) à DuPont de Nemours pendant 1 an en 2009-2010, je décide de faire un cours sur les poinçons en horlogerie-bijouterie. Il est au format paysage pour s’adapter au cours déjà existants de l’école d’Horlogerie de Rennes.

Ci-dessous mon cours sur le poinçonnage en France et en Suisse.