Usinage d’une boite de forme

Dans le cadre du projet de la montre école en partenariat avec Cartier, j’ai décidé de réaliser une montre Baignoire.

Dans le cadre du projet de la montre école en partenariat avec Cartier, j’ai décidé de réaliser une montre Baignoire.

Référence : la Baignoire de Cartier

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Une des spécialités de Cartier consiste en la fabrication de boites de formes. La Baignoire – montre préférée des clientes Cartier – est particulièrement difficile à réaliser car elle est bombée dans les deux sens. En effet, de face, on voit un ovale, de côté (droit) on voit un premier bombé et de côté (face) on voit un deuxième bombé.

La Baignoire que j’ai imaginée

L’enjeu de ma montre école réside dans la proposition d’une proportion nouvelle. En effet, la Baignoire existe en version « mini » ou « grand modèle ». Ici, j’ai dû imaginé un « très grand modèle » (sorte de Baignoire 100 en référence à la Santos 100 pour les connaisseurs 😉 ) afin que le mouvement mécanique 1904 fourni par Cartier – de 30mm de diamètre – puisse s’emboiter.

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Les enjeux esthétiques de la boite Baignoire

Ce double bombé est en fait déterminé par la surface du verre (qui est en dôme). La boite baignoire se dessine donc en 3D par surfaçage, et non par simple extrusion et enlèvement de matière !

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Validation de la 3D

J’ai réalisé à l’aide d’une imprimante 3D un prototype en plastique afin de valider les proportions, les formes, les détails techniques.

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Programmation CNC : faire du 5 axes en 2,5 axes (!)

La programmation CN a été très longue et complexe à réaliser. En effet, ne disposant pas d’un centre d’usinage de pointe (mais d’une fraiseuse Proxxon modifiée), il a fallu faire une multitude de programmes : un par outil (car il n’y a pas de changeur d’outils !). Au total, plus de 5 millions de lignes de codes ISO ont été nécessaires pour usiner ma boite Baignoire ! J’ai utilisé le logiciel E-NC (v.9) d’EasyMill car il permet de faire des usinages complexes (la preuve juste après) pour un tarif très abordable (et le service client est très sympathique !) =)

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C’est la surface du verre qui détermine le double bombé de la boîte.
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En rouge, les milliers de passes d’usinages qui ont été nécessaires pour réaliser la boîte.

L’usinage de la boite

Vérification de la planéité du posage
Vérification de la planéité du posage
Le posage avec deux goupilles de positionnement et un taraudage pour la vis de bridage.
Le posage avec deux goupilles de positionnement (permettant de détromper la pièce lorsqu’on la retourne) et un taraudage pour la vis de bridage.
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Le brut de laiton (diam. 50mm) en place pour l’usinage.
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Passe de contournage de la boîte
Fin de la passe de détourage
Fin de la passe de détourage.
Détourage intérieur de la boîte et création des portées
Détourage intérieur de la boîte et création des portées
Usinage de la lunette en surfaçage 3D, à l'aide d'une fraise boule
Usinage de la lunette en surfaçage 3D, à l’aide d’une fraise boule
Vue de la boîte côté fond. La masse de laiton au centre ne tient plus que par quelques centièmes.
Vue de la boîte côté fond. La masse de laiton au centre ne tient plus que par quelques centièmes.
Et voilà le travail !
Et voilà le travail !
Et voilà le travail ! (bis)
Et voilà le travail ! (bis)

Perçage et fraisage de l’emplacement du tube de couronne

Usinage du posage en polypropylène.
Usinage du posage en polypropylène.
La boite dans son posage.
La boite dans son posage.
Perçage et fraisage du logement du tube de couronne.
Perçage et fraisage du logement du tube de couronne.
Et voilà le travail ! (ter)
Et voilà le travail ! (ter)

La préparation avant polissage de la boîte

Sablage du cran de glace
Sablage du cran de glace
Sablage de l'intérieur
Sablage de l’intérieur
A l'aide d'une cale, et sur une plaque de verre plane, on cabronne les flancs.
A l’aide d’une cale, et sur une plaque de verre plane, on cabronne les flancs.
A l'aide d'un cabron émeri, on façonne la lunette en protégeant le cran de glace à l'aide d'un verre résine prototypé en 3D.
A l’aide d’un cabron émeri, on façonne la lunette en protégeant le cran de glace à l’aide d’un verre résine prototypé en 3D.

 Le polissage de la boîte

Le polissage de la boîte a été réalisé à la toile parachute pour le poli et à l’aide d’une meule Buflex pour satiner les flancs.

Le rhodiage de la boîte

Je suis allé chez Patois à Frambouhans pour faire un rhodiage flash de la boîte.

La montre Baignoire terminée et assemblée

Le mouvement 1904 de Cartier et son cercle d'emboitage fait sur mesure.
Le mouvement 1904 de Cartier et son cercle d’emboitage fait sur mesure.
La montre dans son écrin, vue de profil.
La montre dans son écrin, vue de profil.
La montre dans son écrin, vue de 3/4.
La montre dans son écrin, vue de 3/4.

EMOTION
Cartier

EMOTION est la montre Baignoire que j’ai imaginé dans le cadre du parrainage entre Cartier et le lycée Edgar Faure de Morteau. La ligne de battement de coeur de la cliente vient électriser les chiffres romains. Dans cet univers tourbillonnant, seules les indications de temps restent impassibles : les aiguilles glaives, symboles de grande complication chez Cartier, et le mot LOVE (en référence à la collection éponyme) qui indique la réserve de marche.

 

Lien vers le dossier artistique (analyse produit / recherche esthétique / gestion)
Lien vers le dossier technique

 

Le parrainage

Comme tous les ans, une entreprise horlogère haut de gamme parraine le DMA (Diplôme des Métiers d’Arts) Horlogerie de Morteau. Cette année c’est la Maison Cartier qui a notamment fourni des mouvements 1904 (automatique avec double barillets) en nous demandant de créer une réserve de marche sous la forme d’un décor changeant en cadrature… Une réserve de marche originale donc, qui respecte l’esthétique de la marque et qui, techniquement, tient en 3mm de haut.

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Les cahiers des charges

Tout de suite, l’esprit de concepteur fait tilt (!) Une réserve de marche prend souvent beaucoup de place en hauteur (avec, en plus, beaucoup de vide autour), or les montres femmes doivent être fines. Il m’a donc fallu résoudre ce problème.

Par ailleurs, je me suis imposé un cahier des charges « personnel » ; 2014 marque le centenaire de la première montre Panthère de Cartier. Ce serait aussi l’année où Jeanne Toussaint, directrice de la création de 1933 à 1970 surnommée « La Panthère » du fait de son caractère, fit son entrée dans la Maison. Elle a très fortement influencé et modernisé le style Cartier et on allait même jusqu’à parler du « goût Toussaint ». J’ai donc voulu rendre hommage à sa vie, son amour impossible avec Louis Cartier, sa vision du monde – féministe – et à sa démarche de création – audacieuse.

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2014 marque le centenaire de la première montre Panthère de Cartier. Ce serait aussi l’année où Jeanne Toussaint, directrice de la création de 1933 à 1970 surnommée « La Panthère » du fait de son caractère, fit son entrée dans la Maison…

 

1 L’esthétique

 

– Un concept marketing novateur (et audacieux)

Mon idée esthétique fait suite à un sondage que j’ai réalisé pour le dossier d’analyse produit. J’ai demandé à mon entourage : « Possédez-vous un objet Cartier ? Si oui, lequel ? D’où vient-il ? Pouvez-vous m’en parler ? » J’ai alors constaté que l’objet Cartier est chargé d’émotion. Il est généralement offert ou hérité et marque un moment important de la vie (passage à la vie adulte, passage d’une décennie, fiançailles, mariage…). J’ai donc décidé de mettre en scène l’émotion amoureuse de la cliente : sa ligne de cœur traverse le cadran et vient électriser les chiffres romains. Dans cet univers tourbillonnant, seules les indications de temps restent impassibles : les aiguilles glaives, symboles de grande complication chez Cartier, et le mot LOVE (en référence à la collection éponyme) qui indique la réserve de marche.

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– LOVE et la ligne de cœur

Ma réserve de marche est donc indiquée par un mot et sa mise en scène n’a pas été simple car ce n’est pas aussi évident qu’un paysage ou un changement de couleur. En effet, dans mes cadratures précédentes, le mot LOVE n’avait pas spécialement d’intérêt ou de lien avec le décor. Ici on a un véritable jeu, jeu de mots, qui se fait en cadrature puisqu’on cherche LOVE au travers de la ligne de cœur de la cliente. On comprend alors que Cartier a matérialisé, figé, sculpté, l’émotion amoureuse (vécue ou fantasmée) de la cliente pour la rendre éternelle.

Pour indiquer la réserve de marche, le mot LOVE effectue une rotation de 288° en 16 sauts instantanés. Au début, il est en haut à gauche et à la fin, il est caché derrière le double fond en bas à gauche.

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– Décodage graphique

Le décodage graphique = « je vois des formes, des couleurs, des matériaux… => j’identifie quelque chose »

Ici, j’ai énormément travaillé le graphisme sur Illustrator et Photoshop avant de basculer en 3D sur Solidworks afin que l’on puisse décoder spontanément une montre Cartier / femme / grande complication.

Dans la suite de la vision du monde féministe de Jeanne Toussaint, j’ai repris les codes de la grande complication masculine Cartier et je les ai traités graphiquement pour les féminiser. Les chiffres romains en métal extrudé, très masculins à la base, sont beaucoup plus féminins dans cette proposition. (Petite anecdote : le croisement du X du XII a fait l’objet de plus d’une heure d’attention ; il fallait autant sculpter le plein (le X) que le vide autour pour que le résultat soit esthétique). Ainsi, quelle que soit la déclinaison, on retrouve spontanément une montre Baignoire féminine et compliquée.

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Pour plus de précisions : Lien vers le dossier artistique (analyse produit / recherche esthétique / gestion)

 

2 La technique

Le mouvement de base possède deux barillets dont les pivots ont été rallongés afin d’y placer des systèmes de sauts instantanés. Ainsi, 16 sauts instantanés font tourner la roue étoile au centre dans le sens horaire (au désarmage) et trigonométrique (à l’armage). Le disque LOVE est vissé sur cette roue étoile.

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Pour plus de précisions : Lien vers le dossier technique

3 La Baignoire

 

– Les enjeux de la montre Baignoire

Cartier a demandé a ses meilleures clientes quelle était leur montre préférée (pas forcément une Cartier)… La réponse plaçait quasi-systématiquement la Baignoire en première place ! Car c’est une montre féminine, intemporelle, élégante… C’est donc un modèle mythique pour la Maison.
Il faut savoir que la spécialité de Cartier depuis plus d’un siècle, c’est la montre de forme. Or la Baignoire est une des boîtes les plus difficiles à réaliser… Voilà pourquoi :

  • de face, on voit un ovale
  • en perspective, on voit une ellipse
  • de côté, vue en face, on voit un premier bombé
  • de coté, vue de droite, on voit un deuxième bombé…

L’association des ce double bombé forme une surface (en 3D). Cette surface, c’est celle du verre et elle va dicter toutes les autres surfaces et crans fonctionnels en cascade – notamment les cadrans et le cran de glace.

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– Une gamme opératoire complexe

De fait, usiner la Baignoire implique une gamme opératoire complexe :

  • Dessin 3D de la boîte par surfaçage (et non par simple extrusion ou révolution)
  • Programmation CN sur 2,5 axes minimum (l’outil se déplace en permanence sur X, Y et Z)
  • Usinage à l’aide de posages longuement réfléchis (afin de garder le plus de matière possible pour minimiser les vibrations et le risque de casse des outils et car il faut retourner la pièce pour usiner le verso)

Pour cela, j’ai utilisé un logiciel adéquat qu’il n’y avait pas au lycée : E-NC, d’EasyMill et j’ai usiné la boite dans mon atelier. Vu mes capacités machine (la CN est en fait une Proxxon modifiée), l’usinage a été très long. Mais ça a marché !

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– Petite anecdote pour montrer la complexité de l’usinage

Il fallait trouver une astuce pour tracer la trajectoire de l’outil en spirale et en dôme. J’ai procédé comme suit :

  • J’ai tracé une spirale dans solidworks
  • Par calcul trigonométrique, j’ai créé un plan incliné à 52,94°
  • J’ai projeté la spirale en vue de dessus sur ce plan. Elle devient alors, vue de dessus du plan incliné, une ellipse (!) Cette ellipse, c’est l’ovale de la Baignoire.
  • J’ai placé la surface du cadran dans la 3D.
  • J’ai projeté la spirale en ellipse sur la surface (fonction « courbe projetée »). J’ai converti l’entité et j’ai ainsi obtenu une spirale en ellipse en dôme qui m’a permis de définir la trajectoire de l’outil pour usiner le cadran.

 

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4 La gestion

 

– Diagramme de Gantt

Comme on peut le voir sur ce diagramme de Gantt, la conception m’a pris beaucoup de temps. En effet, la conception, le dessin 3D et la programmation en 2,5 axes de la boite Baignoire a demandé beaucoup de travail.

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– Calcul de coûts et répartition

J’ai ensuite imaginé que j’avais exercé différents métiers. A partir de relevés horaires détaillés et de factures (fictives et réelles) j’ai calculé des charges de personnel (en CESU), des coûts d’achats et des dotations aux amortissements. J’ai ensuite affecté ces charges à 100% sur un poste (lorsque la charge est directe) sinon je l’ai ventilé à x% sur différents postes selon une clé de répartition ou par empirisme (lorsque la charge est indirecte). J’en arrive, pour mon prototype, à un coût de conception de 14 117€ et à un coût de revient de 14 170€. Le coût de fabrication représente 77% du coût de revient car la Baignoire a été très longue à usiner.

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Si je devais vendre mon prototype (pièce unique), alors le prix de vente = coût de conception + coût de revient + marge.

Si je devais vendre une série de cette montre, alors le prix de vente = (coût de conception / nb d’unités produites) + coût de revient unitaire (en tenant compte des économies d’échelle) + marge.

Dans le cas de ce produit (montre femme haut de gamme avec matériaux précieux et diamants), on aurait intérêt à marger plus, afin de compenser le coût de conception (plus lourd du fait de la complication) et car nous sommes dans le cas d’un prix de vente psychologique (plus que d’un prix de vente de gestion).

– Bilan personnel

Concevoir et réaliser cette montre Baignoire (avec réserve de marche sur double barillet) m’a vraiment permis de développer mes compétences en design, conception et usinage.

 

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Plus qu’une cible avec des scores, ce graphique radar montre surtout l’évolution de mes compétences.

L’objet Cartier : unique, universel, éternel

Stanislas de Quercize, actuel PDG de Cartier, décrit l’objet Cartier avec 3 mots :

unique : l’objet Cartier est immédiatement reconnaissable du fait de son ADN (ma montre Baignoire reprend tous les codes Cartier et en propose de nouveaux)

universel : l’objet Cartier est exportable et vendable partout dans le monde, quelle que soit la culture d’origine du client (le mot « Emotion » est français et anglais ; le thème amoureux et le mot LOVE sont vraiment universels)

éternel : l’objet Cartier est précieux ; il est dit « patrimonial », on le transmet de génération en génération (dans ma montre, c’est l’émotion amoureuse de la cliente dont on se souviendra éternellement)

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Stanislas de Quercize, actuel PDG de Cartier, décrit l’objet Cartier avec 3 mots

Pour ma part, je finirai sur un autre mot : « évidente ». En effet, la montre Baignoire paraît évidente. Elle est évidemment Cartier, évidemment féminine, évidemment bien proportionnée avec son double bombé… mais avant d’en arriver à cette évidence graphique et technique, le travail en amont est très complexe.

C’est un projet que j’ai voulu novateur. Il réinvente LOVE (les montres LOVE existent déjà mais je propose ici un nouveau graphisme), propose de nouveaux codes de la grande complication femme chez Cartier, et propose également une proportion nouvelle pour la Baignoire.

Remerciements

La Maison Cartier (Madame Forestier-Kasapi, Messieurs Zuercher, Pichot, Russo, Diaz, la personne qui a fait le verre, la personne qui a poli le verre)
L’ensemble de l’équipe pédagogique (Mesdames Crevecoeur, Nidiau, Messieurs Ducret, Dromard, Desgrange, Duval, Guibert, Fichard)
Mes camarades de classe (Garance, Serge, David, Adam, Céline, Maïwen, Julien, Adrien, Elodie, Clément, Julie, Simon, …)
Les fournisseurs (SWISS Machines, BRASPORT, Easymill)
Mes amis (Pierre, Sébastien, …)

 

 

 



 

 


KELVIN, BOTTOMLEY & BAIRD
N°7961

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La restauration d’un garde temps ancien est une des épreuves du Diplôme des Métiers d’Arts (DMA) Horlogerie.
Monsieur GASNIER, professeur d’horlogerie à Rennes et horloger à Morlaix, m’a proposé de restaurer son chronomètre de marine.

Cet article présente 2 dossiers :

  • Un dossier d’étude historique, stylistique et technique
    (où je retrace l’histoire de ce chronomètre)

Extrait
« J’ai donc réceptionné et analysé le chronomètre de marine n°7961 de Kelvin, Bottomley & Baird.
Grâce à l’étude de l’histoire des chronomètres de marine et de l’échappement à détente, j’ai pu conclure dans un premier temps qu’il s’agissait d’un chronomètre de marine dit «moderne» avec un échappement à détente abouti.
Ensuite, grâce à mes recherches sur l’entreprise (j’ai découvert qu’elle était liée au fameux physicien Kelvin !), j’ai daté le chronomètre de marine entre 1913 et 1919 (sûr à 100%) et plus précisément à la fin 1914. Cela a confirmé l’histoire que Monsieur Gasnier connaissait. L’histoire de ce chronomètre de marine est donc liée à celle de la Marine anglaise au moment de la première guerre mondiale. A ce moment là, les capitaines et lieutenants utilisaient cet instrument de bord.
Par ailleurs, mes recherches m’ont permis de découvrir que le boitier en acajou s’inscrit dans l’histoire de la malle et du meuble de marine, le cadran dans l’histoire des typographies et du chemin de fer, la serrure dans l’histoire de l’industrialisation. D’un point de vue technique, il s’inscrit dans l’histoire des régulateurs et il a été fabriqué de manière semi-industrielle et semi-artisanale.
Enfin, d’un point de vue pratique, il s’agit d’un ancien instrument de bord, aujourd’hui devenu objet de collection. Je l’ai estimé à 1000€ maximum dans l’état par analyse comparative et j’ai chiffré mon devis d’intervention à 5000€ maximum.
Nous sommes donc en présence d’un objet de valeur bien qu’il ait été produit en série. »

Lien vers le dossier

  • Un dossier de restauration
    (où j’explique le travail accompli)

Extrait
« J’ai donc réceptionné, analysé et restauré le chronomètre de marine n°7961 de Kelvin, Bottomley & Baird. C’était pour moi la première restauration d’une telle importance et ce fut un excellent exercice car très complet. Un chronomètre de marine est en effet à la fois une pendule et une montre, ce qui rend l’objet très intéressant à travailler.
Cela m’a permis de réaliser de manière concrète une situation d’entreprise tout à fait plausible. Depuis la réception avec l’analyse historique, la recherche des pannes et l’établissement du devis ; jusqu’à la remise en état et au réglage, le chronomètre de marine n°7961 de Kelvin, Bottomley & Baird m’a vraiment fait porter beaucoup de casquettes : horloger bien évidemment, mais aussi chercheur, concepteur, régleur, finisseur, décoteur, et même, acheteur, logisticien et gestionnaire si on voit plus loin.
Cet exercice m’a permis d’acquérir de nouveaux savoirs. J’ai notamment lu des livres, dont un en anglais (The Ship’s Chronometer), et effectué des recherches poussées tant d’une point de vue artistique et historique, que technique. J’ai aussi été poussé à rencontrer des gens à qui je n’aurais jamais parlé pour leur poser des questions, échanger des points de vue (horloger aux Etats-Unis, fournituriste en Angleterre, amis de musées Français ou Suisses etc.) !
Enfin, cet exercice m’a permis d’acquérir de nouveaux savoir-faire. J’ai exécuté des opérations d’usinage variées, à la main ou à l’aide d’une machine voire d’une CNC, sur du laiton et de l’acier (bleu et jaune que je n’avais jamais travaillé avant). J’ai découvert des astuces de pendulier, revu mes connaissances en chronométrie…
Une chose est sûre, je ne verrai plus jamais un échappement (quel qu’il soit) comme avant tant celui-ci m’a poussé à développer ma logique mécanique ! »

Lien vers le dossier

 

 

 



 

 


DAY / NIGHT Universal Time
Lange & Söhne

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DAY / NIGHT Universal Time est une proposition d’heure universelle. C’est une montre que j’ai rendue pour l’édition 2013 du concours étudiant international organisé par Lange & Söhne.

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Plus d’informations et photographies de toutes les montres présentées dans l’article :
UE 20 : L’heure GMT depuis 1850

Présentation rapide
Mon sondage m’a révélé que le besoin le plus important pour l’utilisateur était le jour/nuit. J’ai donc décidé de mettre en scène ce jour/nuit au centre de la montre, sous la forme d’un tag en référence au Mur de Berlin et à certains quartiers de Dresden que nous avons visités.

Le cadran Jour/Nuit au centre est fixe.
Les villes – sous la forme de codes aéroports imaginaires – tournent autour en permanence.
2 poussoirs à 2h et 4h permettent de régler 2 aiguilles.
L’aiguille GMT, plus petite, peut être cachée sous l’aiguille d’heure locale.
Au centre, une aiguille indique les minutes.

L’esthétique générale est inspirée de garde temps anciens datant de la Renaissance.

Ce que Lange a dit : « La jury a beaucoup apprécié le mécanisme et le niveau de finitions de ta montre. Il a même pensé à te décerner un prix spécial pour ton dossier, qui était excellent tout en étant très divertissant. » [Pour ceux qui m’ont demandé : je n’ai rien gagné].

 



 

Shangri-La
La Danse des Astres

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« Shangri-La, La danse des astres » est une pendule que j’ai réalisé pour mon Brevet des Métiers d’Arts à Rennes. Elle a remporté le premier prix régional et le premier prix national au concours « Prix Avenir Métiers d’Arts » de l’INMA (Institut National des Métiers d’Arts).

 

Yang Liping et sa Danse de la lune

Elle est inspirée de « La danse de la lune » de Yang Liping, la danseuse la plus célèbre de Chine aujourd’hui. (Noter que Yang Liping est née en 1958, sa performance est issue de son spectacle, qui, créé en 2003, connait toujours un vif succès !)

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La danse de la lune est un solo de danse contemporaine en ombre chinoise où Yang Liping joue avec ses courbes pour former des silhouettes impressionnantes, voire extraterrestres…

J’avais donc 3 thèmes pour ma pendule : la danse, les astres et l’horlogerie. Et une problématique : comment créer une pendule avec une représentation novatrice des astres ?

 

Références stylistiques

La Chine a déjà inspiré l’horlogerie occidentale, par exemple avec ce cartel au chinois de style Louis XV. Je m’inscris donc dans la suite de ces pendules inspirées par la Chine mais je ne voulais pas d’un design trop chargé, trop figuratif (ici avec le chinois en haut). Je voulais au contraire être beaucoup plus dans l’esprit de cette pendule : « Jour et nuit » de René Lalique, de style art déco, avec des formes géométriques, un matériau comme le verre qui me permette de jouer avec la lumière, et des symboles (ici la femme symbolise la nuit).

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Décoder Shangri-La

Dans son solo, Yang Liping danse une « Bimo » chinoise.  C’est une fille, qui, inspirée par les astres, se met à danser pour délivrer un message aux humains. Dans ma pendule, les aiguilles des minutes et des heures sont comme deux astres qui tournent autour d’un soleil que j’ai sablé sur le verre arrière. Ces deux astres envoient « un rayon de lune », dixit Yang Liping, au cœur de la silhouette pour venir l’animer.

Dans ce contexte artistique et symbolique, chaque pièce d’horlogerie prend une connotation de danse ou d’étoile. Par exemple, les vis en acier bleui deviennent des étoiles qui forment les points d’articulation de la danseuse et viennent étirer la silhouette comme dans la montre de l’horloger français François Paul Journe. Les rubis rouges structurent son squelette et l’ombre chinoise du soleil que réalise Yang Liping devient un huilier brillant avec le barillet moteur qui est mis en scène tel un soleil, qui vient étirer la silhouette. Pour féminiser la silhouette je me suis inspiré des pendules demoiselle de style Louis XV.

On voit sur la planche ci-dessous ce que j’ai voulu avec Shangri La : une rencontre entre 2 cultures (occident et orient), entre 3 thèmes (la danse, les astres et l’horlogerie) et une rencontre entre le traditionnel, l’ancien et le contemporain.

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La Bimo chinoise est l’équivalent de l’oracle dans l’Antiquité grecque :

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Enfin, Shangri-La est une oeuvre qui joue avec la lumière : ombre chinoise / ombre portée,
une œuvre symbolique : le socle représente la terre, le cercle l’astre, le huit, chiffre porte bonheur en Chine symbolise l’infini.
Il y a au sein de cette pendule une imbrication de rythmes : le rythme des astres, le rythme de la nature donc / le rythme horloger, qui est un rythme scientifique, rigoureux, précis / et le rythme de la danse, qui est un choisi, ressenti.
Pour finir, Shangri-La est une œuvre horlogère avec des finitions dans les règles de l’Art Horloger. Il n’y a pas d’obsolescence programmée et ma conception permet à n’importe quel horloger de la réparer.

 

Pour aller plus loin

Une courte vidéo sur la vie de Yang Liping : http://www.makers.com/china/yang-liping