Pendule à la cathédrale
Dagoty et Honoré

 

L’analyse d’oeuvre est une expertise complète écrite d’une montre ou d’une pendule. A partir de l’analyse esthétique, stylistique et technique de l’existant, on peut situer l’oeuvre dans le temps et l’Histoire et l’estimer.

Ici, j’analyse une pendule à la cathédrale en porcelaine de Dagoty et Honoré à Paris…

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le dossier d’analyse

L’article qui suit est une analyse d’oeuvre à partir des trois photographies suivantes que Monsieur DUVAL, professeur d’art appliqué, nous a données.

  1. Paris au début du XIXème siècle
    • Contexte historique et artistique
    • Dagoty et Honoré : l’âge d’or de la porcelaine à Paris
    • Le mouvement de Paris se démocratise en horlogerie
  2. Les pendules cathédrales
    • Le contexte de leur apparition
    • Les sources d’inspiration : éléments architecturaux et décoratifs
    • Analyse comparative : autres pendules à la cathédrale
  3. Analyse de la pendule de Dagoty et Honoré
    • Analyse plastique de la pendule (dénotation) : une pendule à la cathédrale particulière
    • Analyse stylistique (connotation) : une pendule romantique par excellence
    • Analyse de la valeur : une pendule de luxe produite en série
  4. Conclusion
  5. Sources

En 1789, la Révolution Française marque la fin de l’Ancien Régime, et le remplacement de la monarchie absolue française par une monarchie constitutionnelle, puis par la Première République. Se créent alors des divisions immédiates et durables entre les partisans des idées révolutionnaires et les défenseurs de l’ordre ancien, mais aussi entre les anticléricaux et l’Église catholique. Par conséquent, beaucoup de nobles fuient à l’étranger s’ils le peuvent.

Dans ce contexte de division idéologique profonde, le style troubadour apparait alors en France au début du XIXème siècle en réaction au néoclassicisme qui finira avec le Consulat (1799-1804). Ce mouvement artistique cherche à renouer dans les différents arts avec un passé chrétien et monarchique idéalisé. Inspiré du Moyen Âge et de la Renaissance, ce style pose les bases du romantisme et du néogothique en France.
Concrètement, les objets d’arts vont reprendre les éléments décoratifs caractéristiques du style gothique (XII – XVIème siècles). En horlogerie, les pendules à la cathédrale apparaissent…

Dans quelle mesure cette pendule à la cathédrale est-elle représentative de l’horlogerie parisienne du début du XIXème siècle ?

C’est dans un Paris politiquement tourmenté et fasciné par la porcelaine que débute le XIXème siècle (partie I), les pendules à la cathédrale apparaissent et connaissent un vif succès de 1815 à 1850 (partie ll), différents artisans ont alors appliqué leur savoir-faire et leur imagination sur cet objet mécanique de prestige comme les porcelainiers Dagoty et Honoré à Paris (partie lll).

I  PARIS AU DEBUT DU XIXème SIECLE

1 – Contexte historique et artistique

Politique : un début de siècle agité
Après huit siècles de monarchie absolue, 1789 marque le début d’une période tourmentée pour la France. Le siècle des Lumières (1670-1820) touche à sa fin et les moeurs, les idées, les courants de pensées et les mouvements artistiques se rencontrent, se chevauchent ou se confrontent. Les français cherchent une nouvelle voie politique oscillant entre compromis (monarchie constitutionnelle : 1789-1792), rigueur (Consulat: 1799-1804 puis l’Empire français : 1804-1815, et le Second Empire : 1852-1870), retour à la monarchie (Restauration : 1815-1830 et Monarchie de juillet : 1830-1848) et République (Directoire : 1792-1804 et 2nde République : 1848-1852).

Social : le triomphe de la bourgeoisie
La Révolution française profite largement à la bourgeoisie. Autrefois privée de nombreux droits malgré leur richesse (car appartenant au tiersétat sous l’Ancien Régime), cette classe sociale connaît alors une formidable ascension et prend les rênes de l’économie et du pouvoir : création du baccalauréat pour asseoir leurs positions sociales, soutien financier aux politiques qui votent des lois favorisant leurs intérêts etc.

Logement : des garnitures aux cheminées
Les garnitures de cheminée composées d’une pendule et de deux candélabres ou vases apparaissent dans les logements cossus. Haussmann rénovera Paris de 1852 à 1870.

Littérature : « le Mal du siècle »
Dans La Confession d’un enfant du siècle (1836), Musset décrit « le Mal du siècle» en analysant le désarroi de la jeune génération face à ses rêves de liberté et d’ascension sociale qui seront brisés par le retour de la monarchie et l’absence de réformes sociales par la bourgeoisie d’affaires qui verrouille l’économie (Marx théorise le capitalisme vers 1840). Ce désenchantement déclenche la recherche d’un ailleurs pour fuir la réalité (Petits Châteaux de Bohême de De Nerval,  Les Orientales de Victor Hugo).

Arts : style troubadour et orientalisme
La redécouverte de la civilisation médiévale est l’une des curiosités intellectuelles du début du XIXème siècle, largement favorisé par la parution du Génie du Christianisme de Chateaubriand en 1800 et de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo en 1831. Les artistes et écrivains du style troubadour rejettent le rationalisme néo-antique de la Révolution et se tournent vers un passé chrétien glorieux et idéalisé, inspiré du Moyen-Age et de la Renaissance. Par ailleurs, l’orientalisme fait aussi fureur au début du XIXème siècle ; résurgence de l’orientalisme humaniste et classique qui remonte à la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance avec les explorations de Marco Polo d’alors.

Peinture orientaliste
Haut : Projet de console avec pendule et candélabres néo-gothiques
de la manufacture Fayolle Aîné.
Bas : Reprenant le rituel des rois thaumaturges, Bonaparte visitant
les pestiférés de Jaffa (1804) d’Antoine-Jean Gros est un exemple de
peinture politique de style troubadour et orientaliste.

2 – Dagoty et Honoré : l’âge d’or de la porcelaine à Paris

Dagoty et Sa Majesté
Pierre-Louis Dagoty (1771-1840) est un peintre en porcelaine français. Il est issu d’une famille d’artisans et d’artistes (son père était un des peintres de Marie-Antoinette). Avec l’aide de ses frères, Etienne et Isidore, il reprit en 1798 un petit atelier de porcelaine, et se spécialisa dans la peinture fine sur porcelaine. Très rapidement, leurs produits connurent une grande notoriété, et, en 1804, l’Impératrice Joséphine décide de leur accorder son soutien. Les Dagoty devinrent alors : « Manufacture de Sa Majesté l’Impératrice, P.L. Dagoty à Paris » de 1804 à 1814, puis, après la chute du Premier Empire, « Manufacture de S.A.R. Madame la Duchesse d’Angoulême. P.L. Dagoty » (de 1815 à 1820).

Spécialité
Dagoty maîtrisait la technique dite « de l’or épais » qui consistait à recouvrir l’intérieur des objets (des tasses, généralement) d’une épaisse couverture d’or. Peu de porcelainiers savaient le faire. La qualité de ses réalisations amène une notoriété internationale et des commandes affluent pour les princes européens et même les présidents des Etats-Unis.

Dagoty et Honoré, 4 bvd Poissonnière
De 1816 à 1820, Dagoty s’associe à un autre porcelainier, Edouard Honoré, qui possède un immeuble avec boutique au 4, boulevard Poissonnière à Paris. La bonne société d’alors y achetait un service en porcelaine ou un vase en guise de cadeaux de naissance ou autres événements. Par ailleurs, Honoré possède deux fabriques, l’une à Paris, rue de Chevreuse, l’autre en Limousin, à La Seynie.

Fin de la collaboration
En 1820, l’association entre Dagoty et Honoré prend fin. Dagoty garde la fabrique de La Seynie, avant de la revendre rapidement. Il continue seul et se retire des affaires en 1823. En 1826, il reçoit le Légion d’Honneur. Il meurt en 1840.
La maison Honoré quant à elle connaît sous Louis-Philippe (1830-1848) son plein épanouissement. Honoré a gardé son atelier parisien, qui se charge des décors, et ouvre une fabrique de blancs à Champroux (Allier). Jusqu’à sa mort en 1855, Honoré ne vit que pour son métier. Il innove en utilisant la presse mécanique et la lithographie, en rebroyant les pâtes venues de Limoges et en les mêlant au kaolin argileux de l’Allier pour obtenir une pâte plus dure. Ses porcelaines ajourées, genre vannerie, font sa renommée et la reine d’Espagne lui en commande tout un service.

De haut en bas :
Service en porcelaine Dagoty du
prince d’Anhalt (début XIXème),
Dessin de la devanture de la
boutique 4, boulevard Poissonnière,
Vignette Dagoty et Honoré
trouvable « au cul » des objets.

3 – Le mouvement de Paris se démocratise en horlogerie

Historique
Apparu au XVIIIème siècle pour s’intégrer dans les pendules décoratives qui commencaient à fleurir dans le mobilier de l’aristocratie, le mouvement de Paris se perfectionne au fil du siècle et sa fabrication en série commence grâce au pendulier aliermontais Pierre Honoré César Pons.
Avant la Révolution on construit 1500 à 1800 pendules de Paris par an. Avec la mécanisation de Pons cela passe à plus de 5000 par an et cela ne suffit pas à répondre à toute la demande (!)
Au début du XIXème, Japy, établi à Montbéliard, initie une production industrielle de grande ampleur pour concurrencer Pons. La production ne cessera qu’en 1950.

Avantage de l’industrialisation
Les mouvements de Paris deviennent plus faciles à réparer et à remplacer. Ils équipent par conséquent la majeure partie des pendules françaises jusqu’à la fin du XIXème siècle.

Fonctions
– Heure, minutes
– Sonnerie des heures et demies au passage grâce à un chaperon, une cloche et un marteau notamment
– Possibilité du réglage avance-retard avec le petit carré de réglage situé à 12h sur le cadran (il disparaît en 1820, remplacé par un bouton moleté situé sur la platine arrière). Le mouvement présent a donc été produit avant.

1 Ouverture d’armage sonnerie
2 Ouverture d’armage mouvement
3 Carré de réglage avance-retard
4 Cloche et marteau
5 Chaperon

La France est donc un pays tourmenté au début du XIXème siècle où s’affrontent politiquement la noblesse, déchue, la bourgeoisie d’affaire émergente et les partisans républicains.
Par ailleurs, le style troubadour et l’orientalisme font fureur. Le romantisme apparaît alors et connaît un vif succès. En outre, c’est l’âge d’or de la porcelaine parisienne et Dagoty est une maison très renommée.
Enfin, la France (qui connaîtra sa Révolution Industrielle en 1850) connaît les prémices de l’industrialisation, notamment en horlogerie.
C’est donc une pendule dans l’ère du temps et de prestige que nous avons là.

II LES PENDULES A LA CATHEDRALE

1 – Le contexte de leur apparition

Les origines
Dans la première partie, nous avons vu que le Moyen-Age connaît un retour en grâce au début du XIXème siècle avec le style troubadour français.
Par ailleurs, les personnes (et notamment les nobles et la cour royale) ayant fui la Révolution Française reviennent peu à peu en France dès l’Empire. Ils ramènent avec eux un goût pour les meubles gothic anglais, qu’ils vont vouloir retrouver en France, le néogothique apparaît alors.
Ainsi le goût médiéval s’accentue encore sous Charles X (1825-1830), roi très attaché aux valeurs de l’Ancien Régime qu’il tente de faire revivre tout en acceptant en majorité les valeurs de son temps. Sa vision favorise donc le retour des émigrés favorables à l’Ancien Régime.

Le gothic revival
Aussi appelé style néogothique, il s’agit d’un style architectural né au milieu du XVIIIème siècle en Angleterre, qui cherche à rompre avec le style classique dominant de l’époque.
Inspirée par le style gothique des XII-XVIème siècles, l’Angleterre pose très tôt les bases du néogothique avec le style architectural Tudor (1485-1603) et le courant littéraire du roman gothique (1764-1830).

Horlogerie et architecture
Les émigrés revenant en France sont sensibles à tout ce qui touche à l’ancien et particulièrement au Moyen-Age et à la Renaissance.
Ainsi, les pendules à la cathédrale vont les combler en leur rappelant les horloges tour – très architecturales – de la Renaissance.

Horlogerie et exotisme
D’un point de vue historique, on classe les pendules à la cathédrale comme des œuvres romantiques dans le sens où elles cherchent également à commémorer, distraire et émouvoir. Dans la suite des pendules aux nègres du XVIIIème, on trouve des pendules au turc ou à sujet, représentant des événements historiques ou au contraire des scènes anecdotiques du quotidien.

De haut en bas, et de gauche à droite :
– Horloge tour de plan carré en cuivre, XVIème siècle (25 cm),
– Tom Tower de Christopher Wren, à Christ church Oxford,
XVIIème, de style gothique
– Pendule «L’Amérique», début XIXème (56 cm)
– Pendule moulin à vent, époque Restauration (50 cm)
– Pendule au turc , époque Charles X (66 cm)
– Pendule commémorant la naissance du Duc de Bordeaux,
époque Restauration (45 cm)

2 – Les sources d’inspiration : éléments architecturaux et décoratifs

Arcs boutants et rosace,
Notre dame de Paris (1163-1345)
Du gothique…
… au néogothique
Rose polylobée

De gauche à droite, de haut
en bas :
– Neuschwanstein Schloss
en Allemagne (1886)
– Hluboká nad Vltavou en
République Tchèque (1871)
– La Tribune Tower de
Chicago (1925)
– Une maison de style
Gothic Rural aux Etats-Unis
– Détail d’un pont de Central
Park de style néogothique,
à New York

3 – Analyse comparative : autres pendules à la cathédrale

Des modèles inspirés aux reproductions miniatures

Les pendules à sujet connaissant du succès avec le style romantique,   elles s’ornent en plus d’arcatures gothiques qui encadrent la scène.
Mais très vite l’engouement est tel que les pendules se transforment carrément en édifices gothiques.
On reproduit des façades de chapelles mais aussi des cathédrales à l’échelle qui sont alors parfaitement identifiables.
Dans la suite du style troubadour, des pendules néo-gothiques reprennent les attributs des pendules à la cathédrale mais mettent en scène en leur sein des scènes profanes avec des personnages ou des oiseaux animés.
On trouve beaucoup de bronze doré pour la structure et du bois clair (palissandre) ou noir pour le socle.

De haut en bas, de gauche à droite,
pendules à la cathédrale (hauteur):
– Vers 1830-1840, avec sujet (55 cm),
– Vers 1840, inspirée d’une chapelle
gothique (65 cm),
– Vers 1830, reproduction de Notre
Dame de Paris (50 cm),
– Fin XIXème, 3 oiseaux s’animent à
l’intérieur de la pendule (125 cm).

Le style néogothique trouve donc aussi sa place dans l’horlogerie avec les pendules à la cathédrale du style romantique. Une telle œuvre comble les besoins de la classe favorable au retour à l’Ancien Régime. Mais elle peut également séduire les adeptes du style troubadour par la représentation figurative du monument, et les adeptes du romantisme par la symbolique liée aux cathédrales dans l’imaginaire collectif.

III ANALYSE DE LA PENDULE DE DAGOTY ET HONORE

1 – Analyse plastique (dénotation) : une pendule à la cathédrale particulière

Les attributs classiques
La structure générale présente une pendule à la cathédrale classique s’inscrivant dans un parallélépipède rectangle de 20 x 25,5 x16,5 cm, avec quatre parties : 1) le socle, 2) le portail et la galerie, 3) la rosace avec le cadran et 4) la flèche.
La composition est symétrique et architecturale reproduisant une chapelle gothique classique à laquelle on a rajouté la flèche typique des cathédrales.
Les ornementations sont donc moyen-âgeuse, avec des éléments tirés du style gothique : formes polylobées, fenêtres géminées, voûtes, arc boutant, fonds losangés, chapiteaux, pinacles, motifs de cathèdre (chaise),  buste de chevalier et ses armes rayonnantes.
Le répertoire décoratif est aussi inspiré du religieux (saints encadrant le portail, croix du Christ), du voyage (peinture en trompe l’oeil) et de la nature (roseaux).
La prouesse technique ne réside pas dans la mécanique horlogère ou l’assemblage. En effet, la pendule est posée sur un socle et le mouvement est calé dans le creux au niveau de la rosace. On retrouve des fixations par vis (verre arrière) et des goupilles acier sur la flèche.
La présentation de l’heure est typique du style Louis XVI (avec grand cadran en émail blanc et chiffres romains, chapelet de perles et aiguilles Breguet).

La particularité de la porcelaine
L’originalité de cette pendule réside dans le matériau principal : la porcelaine (en plus du laiton et de l’acier).
Des techniques de dorure et de peinture ont été utilisées. Cela n’a rien de surprenant puisque c’était la spécialité de Dagoty.
Il en résulte une cathédrale qui n’est pas austère puisqu’elle est rehaussée de couleurs : or (dorure), gris (sol peint sur le socle), mauve (pour les niches, qui rappellent les porcelaines de Wedgwood), rouge, vert, bleu (pour les vitraux), en plus du blanc (porcelaine).
D’un point de vue technique, la cathédrale est obtenue par moulage. La technique du coulage d’une pâte fluide dans des moules réalisés en plâtre apparaît  en effet au début du XIXème et simplifie considérablement la fabrication des pièces, qui présentent parfois le défaut d’une suture entre les deux parties.

De haut en bas :
Le tournoi de chevaliers,
peinture troubadour de
Pierre Henri Revoil,
Pendule de style Louis XIV
en biscuit bleu et blanc
imitant Wedgwood,
Exemple de moule en plâtre
où l’on coule la porcelaine,
Détail d’un vase Wedgwood
de 1855

2 – Analyse stylistique (connotation) : une pendule romantique par excellence

Les thèmes romantiques récurrents
On dénombre dix thèmes principaux : l’amour, la mort, le Mal du siècle et la mélancolie, la révolte et la société, l’infini et le néant, la nuit, le rêve et la rêverie, l’orient, le médiévisme, la nature.
On retrouve ici 6 thèmes sur les 10 !

L’orientalisme, le voyage et le rêve
Lorsque l’on se tient devant le portail d’une cathédrale, on regarde vers l’est car l’orientation des églises est pensée. Regarder vers l’est signifie regarder vers l’Orient, vers une autre culture. On retrouve cette invitation au voyage (que Baudelaire écrira en 1860) et à la rêverie avec cette peinture romantique en trompe l’œil dans le portail. Au premier plan, on retrouve des voûtes gothiques qui se transforment en voûtes néo-mauresque (XIXème) – inspirées du style mauresque des VII-XIème siècles. La scène est en contre jour faisant ainsi ressortir l’arrière plan, qui évoque un village oriental lointain et ensoleillé. On voit deux hommes discuter.
Pour les partisans du retour à l’Ancien Régime, l’anticléricalisme révolutionnaire a vidé les esprits. Ici le portail, symbolisant l’entrée dans le monde religieux, est comme un échappatoire, une solution, vers des horizons meilleurs.

La nostalgie d’un ancien système
Ces même partisans espèrent la restauration de l’Ancien Régime, même modernisé. On retrouve donc les thèmes associés à ce comportement romantique: le médiévisme (pour le retour aux valeurs passées), le Mal du siècle (avec l’espoir d’un changement politique qui ne vient pas), la nature et la mélancolie.
Pour ces deux derniers thèmes, on retrouve les roseaux dorés au dos de la pendule. En regardant ce portail, on regarde vers l’ouest, symbole du coucher du soleil et du déclin de l’homme, chez les romantiques. Le roseau symbolise la fragilité de l’homme, se pliant mais ne se cassant pas, malmené par ses émotions et impuissant devant la nature grandiose et immuable, contrairement à l’homme.
Cette « déprime », cette sensibilité pour la « tragédie du paysage » est caractéristique du romantisme et on la retrouve bien dans les tableaux de Caspar David Friedrich.

De haut en bas : l’institut Oswald Cruz à Rio de Janeiro et ses voûtes néo-mauresques, La discussion du peintre orientaliste italien Giulio Rosati, Femme devant le soleil couchant (1818) et Le voyageur au dessus de la mer (1820), deux tableaux romantiques de Caspar David Friedrich où l’on retrouve l’idée du roseau.

3) Analyse de la valeur : une pendule de luxe produite en série

Le produit
Nous sommes donc en présence d’une pendule à la cathédrale de style romantique. Réalisée par moulage en porcelaine par Dagoty et Honoré entre 1816 et 1820, il s’agit d’un bien de luxe produit en série. Il ne s’agit donc pas d’une pièce unique.
Le mécanisme horloger consiste en un mouvement de Paris standard pour l’époque.

Les fonctions de la pendule sont :
– d’indiquer et de sonner le temps,
– de décorer richement un intérieur, en complétant une garniture de cheminée avec deux candélabres ou deux vases par exemple,
– de signer le statut social de son propriétaire puisque c’est un objet prestigieux,
– de faire rêver et voyager l’utilisateur dans un autre univers puisque c’est une oeuvre romantique.

La cible
C’est une pendule à la mode du début du XIXème siècle et qui peut plaire à différents groupes sociaux:
– la noblesse déchue, les partisans du retour à l’Ancien Régime, de part son esthétique médiévale, ses ornementations gothiques, son répertoire décoratif religieux, son style troubadour, sa connotation romantique forte.
– la nouvelle bourgeoisie d’affaires qui émerge, qui soutient les régimes conservateurs en place et ne souhaitent pas un retour à l’Ancien Régime, de par le fait qu’elle est à la mode de ce début de siècle : porcelaine de Dagoty (manufacture de l’impératrice Joséphine, soutenue par la bourgeoisie), aspects romantiques avec un orientalisme flagrant et une invitation au voyage et à la rêverie…
– toute personne riche, pieuse ou même athée, passionnée par l’histoire, l’architecture ou la mode du moment (porcelaine, romantisme, orientalisme)

La distribution
On pouvait la trouver au 4, bvd Poissonnière, adresse de la boutique et des ateliers Dagoty et Honoré de 1816 à 1820.

Le prix
Pour estimer le prix de cette pendule, j’ai cherché des pendules similaires sur des sites d’antiquaires ou de ventes aux enchères.
– j’ai trouvé exactement la même sur le site de Delorme & Collin du Bocage : estimée 2000-3000€ le 8/12/2010.
– une pendule issue du même moule a été vendue par Christie’s. Cependant, elle est bien plus richement ornée et décorée que celle que nous venons d’analyser. Son prix de vente a atteint 18750$ le 7 juin 2012.

Ci-contre :
la pendule adjugée 18750$ chez Christie’s le 7 juin 2012.
Ci-dessous :
détails des scènes peintes sur les portails avant et arrière

Conclusion

Cette pendule à la cathédrale voit donc le jour dans un Paris politiquement et socialement divisé au début du XIXème siècle. A cette époque, Paris est la «ville monde» (l’équivalent de New York aujourd’hui) est son magnétisme culturel est très important. C’est l’âge d’or de la porcelaine parisienne – notamment pour la Maison Dagoty qui reçoit le soutien de l’impératrice Joséphine – le style troubadour et l’orientalisme connaissent un vif succès. En horlogerie, le mouvement de Paris se démocratise et les pendules à la cathédrale apparaissent.
S’inscrivant dans le style romantique et néogothique, elles s’inspirent ou reproduisent rigoureusement des chapelles ou cathédrales gothiques.
Cette pendule de Dagoty et Honoré, réalisée entre 1816 et 1820, est une pendule à la cathédrale classique mais qui présente l’originalité d’être en porcelaine. Par ailleurs, c’est une pendule romantique par excellence qui évoque le médiévisme évidemment mais aussi l’orientalisme, le rêve, le voyage, la nature et la mélancolie.
Enfin, il s’agit d’une pendule de luxe produite en série (des variantes existent) qui était destinée aussi bien à la noblesse déchue attachée aux valeurs de l’Ancien Régime, qu’à la nouvelle bourgeoisie d’affaires qui suit la mode, ou encore à un passionné (dévot ou athée) d’histoire, d’architecture, de porcelaine, d’orientalisme ou de romantisme.

*

Cette pendule à la cathédrale n’est donc pas seulement représentative de l’horlogerie parisienne du début du XIXème siècle mais elle est aussi représentative d’une partie de Paris, de la société française, des courants artistiques et littéraires, de la mode occidentale et du goût de l’époque.
A l’image de cette période charnière de l’Histoire de France, cette pendule réunit des éléments anciens et moyen-âgeux, tout en s’inscrivant dans la suite de l’histoire de l’horlogerie et de la porcelaine du XVIIIème siècle, et amorce la mode pour les pendules à la cathédrale et les pendules en porcelaine. Suivront alors celles de Jacob Petit (de 1830 à 1865) et celles de la manufacture de Sèvres. Durant cette même période, les pendules à la cathédrale connaissent un succès fou : Bavozet Frère et Soeur reproduit des cathédrales en miniature, la collection Beuret comptait aussi une pendule à la cathédrale en porcelaine. Aujourd’hui, on peut en voir au musée des Arts Décoratifs de Paris.

Pendule en forme d’autel antique ornée de plaques de porcelaine de Sèvres, 1820 (66 cm)
Pendule « au cavalier Mamelouk » en porcelaine de Paris, signée Jacob Petit, milieu XIXème (59 cm)

Sources

Bibliographie
– Encyclopédie de la Pendule Française, du Moyen Age au XXème siècle, Pierre Kjellberg, Les éditions de l’amateur, 1997.
– La mesure du temps à travers les âges, Richard Chavigny et Michel Perissas, Ixcéa, 2009

Webographie
– Christie’s
– Delorme & Collin du Bocage
– http://mrtcunivers.blogspot.fr/2011/09/le-myen-age-l-art-gothique-xii-au-xvi.html (gravures ornementations gothiques)

Musées
– Musée des arts décoratifs à Paris
– Musée National (de la porcelaine) Adrien Dubouché à Limoges

Collections
Catalogue exhaustif (dessiné et peint à la main) de tous les modèles qui furent exécutés par la Maison Dagoty. Un exemplaire complet est conservé au Musée des Arts Décoratifs à Paris.

Photographies
Wikipédia

L’horlogerie japonaise durant l’ère Edo (1600-1868)

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Lien vers le diaporama

 

Lorsque vous voyez ces deux photos, à quoi pensez-vous ?

Vous êtes-vous déjà interrogé sur les origines du savoir-faire horloger au Japon ?
Pourquoi l’entreprise Seiko est-elle si importante aujourd’hui ?

Avant, les japonais utilisaient des cadrans solaires, des horloges à eau (roukoku) ou encore des horloges à encens (koudokei).

Puis, en 1611, la première horloge lanterne arrive au Japon. Elle est offerte par le roi d’Espagne au Shogun Tokugawa Leyasu suite au sauvetage en mer en 1609 d’un équipage espagnol. Elle avait disparue mais on la retrouve dans un temple en mai 2012.  Les 16 et 17 mai 2012, David Thomson, du British Museum vient expertiser et authentifier la pièce. Elle a bien 400 ans !

Comment les japonais ont-ils transformé l’horloge lanterne occidentale pour créer des gardes temps  qui correspondent à leurs besoins et à leur notion du temps ?

I  / Les bases de l’horlogerie japonaise (1600-1650)

A. Les facteurs influant l’horlogerie japonaise

Des facteurs vont imposer certaines contraintes à l’horlogerie japonaise :

géographiques : du fait du courant de froid sibérien arrivant du nord et du courant tropical arrivant du sud, le Japon possède un climat aux saisons très marquées (les Kigo ; http://fr.wikipedia.org/wiki/Kigo). De plus, se situant sur une faille océanique, les séismes y sont très courants. A la manière des bâtiments, les horloges sont montées sur un socle pyramidal afin de ne pas tomber lors des faibles secousses  sismiques.

culturels : les intérieurs japonais sont très dépouillés et on s’assoit au sol. Une pendule européenne de 1,8m de haut n’a donc pas sa place là-bas d’autant plus que les objets précieux sont rangés dans des coffres.

sociaux : durant l’ère Edo, la société est hiérarchisée selon le système shi-nō-kō-shō. Les horlogers sont considérés comme des travailleurs et ils vont répondre à la demande des personnes aisées : l’empereur, les bushis et les marchands.

Des facteurs favorables vont permettre le développement de l’horlogerie japonaise :
– la spécialité économique du métal : le Japon possède un savoir-faire inégalé dans le monde à ce moment là comme en atteste les vues en coupe des sabres qu’ils sont capables de faire. Une lame est en fait une association de plusieurs métaux durs, moyens et tendres, d’un seul tenant.

B. La notion de temps au Japon

Tout se base sur la boussole chinoise qui est un croisement d’astronomie et d’astrologie.

Le calendrier japonais

Il existe

  • 3 manières de dire les années (en année d’une période (Nengo), en année de règne de l’empereur (jimmu-tenno), le système sexagésimal chinois, 60 ans, (Kanshi)),
  • 2 types de mois : solaires et lunaires
  • des semaines de 7 jours (jour 1 = dimanche).

Les jounées et les moments

Les journées sont divisées en moments (!), associés aux signes du zodiaque chinois, et calés sur le rythme du soleil (midi = midi vrai). Il y a 6 moments pour le jour et 6 moments pour la nuit.
On sonne les coups de 9 à 4 (9 coups à midi et minuit car 9 est un nombre aux propriétés magiques).

Un problème technique apparait tout de suite : tout au long de l’année, les moments n’ont pas la même durée… En hiver, le jour est court et la nuit est longue. Il faudra donc que l’aiguille centrale parcourt  plus vite la partie « Jour » du cadran et plus lentement la partie « Nuit » du cadran.

Il faut donc que l’aiguille avance à deux rythmes différents selon le moment de la journée…

II / L’essor durant l’ère Edo (1650-1850)

La majeure partie de l’ère Edo consiste en une période isolationniste du Japon. En effet, de 1650 à 1850, la politique du Sakoku est appliquée et les étrangers ont l’interdiction de rentrer sur le territoire et les japonais n’ont pas le droit de sortir.

A. Les 3 principaux styles

On trouve des horloges lanterne (yagura-dokei), des horloges de console (makura-dokei) et des horloges colonne (shaky-dokei).

Il est très difficile de dater à 2,5 siècles près une horloge japonaise de l’ère Edo car l’artisanat était très conservateur (on ne signait pas, on reproduisait le travail du maître…). On peut juste dire que l’horloge lanterne est apparue avant l’horloge de console qui est apparue avant l’horloge colonne.

Cependant, des indices, comme les ornementations de fleurs et d’emblèmes, permettent de savoir à quel clan elles appartenaient.

Les photos suivantes permettent de se rendre compte de la taille des horloges.

D’un point de vue stylistique, les ornementations florales sont prépondérantes. Au début, il s’agit de gravure sur le mouvement, puis les platines sont carrément ajourées selon les décors floraux.
On trouve parfois une mise en scène de la cloche : dans un cercle ou entre des ornementations florales.

B. La traduction du temps japonais : les solutions techniques

Innovation 1 : Une sonnerie juste

Cette innovation simple consiste simplement à changer le chaperon occidental qui sonne de 1 à 12 coups par un chaperon qui va sonner de 9 à 4 coups.

Innovation 2 : Un cadran tournant dans le sens antihoraire

Les japonais vont rendre l’aiguille centrale fixe et c’est le cadran portant les indexs qui va alors tourner dans le sens antihoraire,  grâce à un pignon fixé à l’arbre de barillet et à une denture usinée au dos du cadran.

Innovation 3 : Un foliot précis (35 graduations contre 10)

Sur les horloges lanternes occidentales, les foliots possèdent 10 graduations. Les Japonais vont préciser le réglage du foliot en mettant 35 graduations avec des petits et des grands repères.
Il existait une table que les horlogers consultaient pour savoir au fil des jours et au fil de l’année de combien de graduations il fallait bouger le poids.
En effet, à ce stade technique, l’horloger changeait le réglage le jour et la nuit, et au fil des saisons. En hiver : jour court (la pendule échappe plus vite) / nuit longue (la pendule échappe plus lentement). Et inversement en été.

Innovation 4 : Un double foliot (un pour la nuit, un pour le jour)

Ce double foliot permet alors de ne plus à avoir à régler le foliot chaque jour et chaque nuit.
Il y a une double roue d’échappement qui possède un seul pignon engrenant en permanence avec le mouvement. Lorsque le lever ou le coucher du soleil sonne, un système de came, lié à la minuterie, permet de désengrener un foliot de la roue d’échappement et un autre prend le relais (voir vidéo).
Chaque foliot est réglé différemment : un réglage pour le jour, un réglage pour la nuit.
Avec cette innovation, l’horloger vient alors ajuster le réglage des foliots tous les 15 jours.

Innovation 5 : Des indexs amovibles pour les moments

Comme la durée des moments varie tout au long de l’année, il fallait trouver un système pour que la sonnerie retentisse au bon moment (c’est le cas de le dire).
Pour cela, les indexs sont devenus amovibles : avec le doigt on déplaçait l’index du moment. Derrière l’index, il y a une goupille qui, lorsqu’elle passe à midi, soulève le levier de sonnerie, ce qui la déclenche.

A noter que dans les horloges colonnes, c’est le système de sonnerie lui-même qui fait office de poids et d’aiguille. Ainsi, on écarte les indexs des moments plus ou moins et, lorsque le poids/aiguille passe devant l’index, une goupille dégage le levier de sonnerie et celle-ci se déclenche.

Innovation 6 : « L’équation des moments »

Au-delà des indexs amovibles, une autre innovation permet de prendre en compte la durée variable des moments. Je l’ai appelé « l’équation des moments ».
Dans les horloges colonnes, le poids porte l’aiguille et indique l’heure tout au long de sa chute. Un réglette est alors posée sur le poids et on bouge une aiguille dessus. En chutant, l’aiguille va pointer au fur et à mesure des points qui correspondent aux moments de la journée.
En hiver, on voit que le soleil se lève plus tard et se couche plus tôt. Et inversement en été.

C. Les autres horloges

Les japonais ont réussi à miniaturiser et à complexifier leurs mouvements tant d’un point de vue esthétique que technique : horloge de table, pendulette inro (au kimono), horloge de voyage, horloge sabre/de docteur/cloche/alarme etc.

III / L’aboutissement : l’horloge millénaire et la fin de l’ère Edo (1850-1870)

A. L’horloge millénaire (1844-1850)

Tanaka Hisashige la réalise. C’est l’instrument horaire mécanique le plus précis au monde pour positionner un astre par rapport à un point sur la terre (!).
Les moments varient seuls tout au long de l’année grâce à un ingénieux système d’engrènement.
La pendule possède 400 jours de réserve de marche.

Reportage complet d’ 1h14 sur l’horloge millénaire :

B. La fin de l’ère Edo : la Restauration Meiji (1850-1870)

Avec l’arrivée des américains, l’ère Edo touche à sa fin.
1854 : le traité de Kanagawa force le Japon à rompre son isolement
1850-1867 : le Bakumatsu et le Sonnō jōi sont symptomatiques d’une période de xébophobie très violente anti-occidentale
1868 : le Hara Kiri est interdit. le Japon sort de la féodalité. Edo devient Tokyo (l’ère Edo c’est donc l’ère Tokyo, on comprend alors toute l’importance de l’ère Edo pour le pays car aujourd’hui Tokyo est une des villes les plus puissantes du monde).
1873 : adoption du calendrier grégorien et des 24h.
Japonisme (1860-1900) : les horloges japonaises, caduques, sont exportées comme curiosités. On voit apparaitre une production occidentale de pendules japonisantes.

L’ère Edo a permis le développement de centres horlogers au Japon. Les principaux étaient alors : Kyoto, Nagoya, Osaka et Tokyo.

1881 : Naissance de Seiko
1904 : “Le péril jaune” (le Japon rattrape son retard technologique très rapidement)
1945 : Le Japon est vaincu (le Japon devient un Etat)
1947 : 10 000 ouvriers horlogers sont recensés
1969 : Seiko Astron, une montre quartz qui va déclencher « la crise du quartz » en Suisse

Aujourd’hui, le Japon compte deux grandes entreprises horlogères : Seiko et Citizen Watch.
Pour la haute horlogerie, Hajime Asaoka et Masahiro Kikuno, candidats à l’AHCI, créent leurs propres montres et pendules vendues 85 000€ minimum.

Conclusion

De 1611 à 1874, le Japon est le seul pays à avoir autant perfectionné l’horloge lanterne et a développé une véritable horlogerie japonaise.

Ouverture

Il n’existe aucun livre récent, utilisant des méthodes de recherches modernes, sur les horloges japonaises… Avis aux amateurs !

Sources

• Livres
– Histoire illustrée des Montres et Pendules

• Musées
– British Museum
– Seiko Institute of Horology
– National Museum of Nature and Sciences (Tokyo)
– BNF (estampes japonaises Edo)

• Entreprises
– Sundialfarm
– Toshiba http://kagakukan.toshiba.co.jp/

• Webographie
www.louisg.net  (calendriers)
www.alaintruong.com (objets d’art)
www.jcwa.or.jp/eng/historyindustry/history01.html

Pour aller plus loin

Girard Perregaux au Japon (PDF à télécharger)

 



 

Watch counterfeiters
up their game

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J’ai décidé de faire une présentation sur la contrefaçon en horlogerie suite à un article presse dont voici la vidéo :

La douane suisse vient d’intercepter une contrefaçon d’une montre tourbillon sauf que cette fois-ci… le tourbillon fonctionne réellement !

Script de ma présentation :

  • Introduction  : Entre une vraie et une fausse ROLEX, il peut n’y avoir aucune différence visible de l’extérieur.
  1. La contrefaçon (de montres) représente une part importante de l’économie mondiale depuis plusieurs siècles.
  2. Différents indices permettent de détecter une contrefaçon. Malgré les risques encourus, il y a une véritable offre et demande de contrefaçons !
  3. Les conséquences néfastes se répercutent à tous les niveaux (entreprises, Etats, consommateurs) et des actions de sensibilisation sont entreprises.
  • Conclusion : la contrefaçon est un marché mondial très important. Les montres contrefaites sont toujours plus sophistiquées. La Suisse (et les pays occidentaux) craignent la contrefaçon et luttent contre, partout dans le monde.

 

 

 

 

 

 

Shangri-La
La Danse des Astres

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« Shangri-La, La danse des astres » est une pendule que j’ai réalisé pour mon Brevet des Métiers d’Arts à Rennes. Elle a remporté le premier prix régional et le premier prix national au concours « Prix Avenir Métiers d’Arts » de l’INMA (Institut National des Métiers d’Arts).

 

Yang Liping et sa Danse de la lune

Elle est inspirée de « La danse de la lune » de Yang Liping, la danseuse la plus célèbre de Chine aujourd’hui. (Noter que Yang Liping est née en 1958, sa performance est issue de son spectacle, qui, créé en 2003, connait toujours un vif succès !)

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La danse de la lune est un solo de danse contemporaine en ombre chinoise où Yang Liping joue avec ses courbes pour former des silhouettes impressionnantes, voire extraterrestres…

J’avais donc 3 thèmes pour ma pendule : la danse, les astres et l’horlogerie. Et une problématique : comment créer une pendule avec une représentation novatrice des astres ?

 

Références stylistiques

La Chine a déjà inspiré l’horlogerie occidentale, par exemple avec ce cartel au chinois de style Louis XV. Je m’inscris donc dans la suite de ces pendules inspirées par la Chine mais je ne voulais pas d’un design trop chargé, trop figuratif (ici avec le chinois en haut). Je voulais au contraire être beaucoup plus dans l’esprit de cette pendule : « Jour et nuit » de René Lalique, de style art déco, avec des formes géométriques, un matériau comme le verre qui me permette de jouer avec la lumière, et des symboles (ici la femme symbolise la nuit).

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Décoder Shangri-La

Dans son solo, Yang Liping danse une « Bimo » chinoise.  C’est une fille, qui, inspirée par les astres, se met à danser pour délivrer un message aux humains. Dans ma pendule, les aiguilles des minutes et des heures sont comme deux astres qui tournent autour d’un soleil que j’ai sablé sur le verre arrière. Ces deux astres envoient « un rayon de lune », dixit Yang Liping, au cœur de la silhouette pour venir l’animer.

Dans ce contexte artistique et symbolique, chaque pièce d’horlogerie prend une connotation de danse ou d’étoile. Par exemple, les vis en acier bleui deviennent des étoiles qui forment les points d’articulation de la danseuse et viennent étirer la silhouette comme dans la montre de l’horloger français François Paul Journe. Les rubis rouges structurent son squelette et l’ombre chinoise du soleil que réalise Yang Liping devient un huilier brillant avec le barillet moteur qui est mis en scène tel un soleil, qui vient étirer la silhouette. Pour féminiser la silhouette je me suis inspiré des pendules demoiselle de style Louis XV.

On voit sur la planche ci-dessous ce que j’ai voulu avec Shangri La : une rencontre entre 2 cultures (occident et orient), entre 3 thèmes (la danse, les astres et l’horlogerie) et une rencontre entre le traditionnel, l’ancien et le contemporain.

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La Bimo chinoise est l’équivalent de l’oracle dans l’Antiquité grecque :

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Enfin, Shangri-La est une oeuvre qui joue avec la lumière : ombre chinoise / ombre portée,
une œuvre symbolique : le socle représente la terre, le cercle l’astre, le huit, chiffre porte bonheur en Chine symbolise l’infini.
Il y a au sein de cette pendule une imbrication de rythmes : le rythme des astres, le rythme de la nature donc / le rythme horloger, qui est un rythme scientifique, rigoureux, précis / et le rythme de la danse, qui est un choisi, ressenti.
Pour finir, Shangri-La est une œuvre horlogère avec des finitions dans les règles de l’Art Horloger. Il n’y a pas d’obsolescence programmée et ma conception permet à n’importe quel horloger de la réparer.

 

Pour aller plus loin

Une courte vidéo sur la vie de Yang Liping : http://www.makers.com/china/yang-liping

 



 

Histoire des styles
France Antiquites

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L’Horlogerie s’inscrit depuis des siècles dans l’histoire des styles. La mesure du temps est une problématique étudiée depuis l’Antiquité. Les premières solutions mécaniques apparaissent au Moyen Age et il faudra attendre la Renaissance pour qu’on puisse enfin parler de « Style » en horlogerie.

On distingue couramment les styles suivants en France :

  • Renaissance
  • Louis XIV
  • Régence
  • Louis XV
  • Louis XVI
  • Directoire
  • Empire
  • Restauration et Louis-Philippe
  • Napoléon III et fin XIXème
  • Art Nouveau et Art déco

Cet extrait d’un hors-série de France Antiquités synthétise particulièrement bien l’évolution du style horloger en France depuis la Renaissance jusqu’au XXème siècle ainsi que la manière d’expertiser une œuvre.

VISITE de la manufacture
Girard Perregaux

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Le 14 mars 2012 j’ai visité avec le l’école d’horlogerie de Rennes la manufacture Girard-Perregaux, située à La Chaux-de-Fonds et détenue par le Sowind Group, filiale de Kering.

Nous avons été à deux endroits :

  • La villa Marguerite
  • La Manufacture

Ci-dessous, le powerpoint présentant l’entreprise.

Notre voyage nous a permis de découvrir :

  • Baselworld
  • Girard-Perregaux
  • Jaeger Lecoultre
  • Le MIH (Musée International d’Horlogerie)

 

 

 

 

 

La renaissance
FABERGE

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Pierre-Karl Fabergé est un joailler russe mondialement connu pour ses oeufs, véritables objets d’art d’excellence. La révolution bolchévique de 1917 marque le déclin de la Maison dont le nom sera racheté pour vendre des parfums bas de gamme… En 2007, un fond d’investissement sud africain décide de racheter la marque et de redorer son blason.

Je me suis découvert une véritable passion pour cette Maison, son histoire et ses créations ! Et, dans le cadre de cette renaissance, pour mon examen de CAP Horlogerie, j’ai imaginé une montre inspirée de Jar-Ptitsa – l’oiseau de feu dans les contes du folklore russe…

 

Les poincons
en HBJO

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Je commence mes études d’Horlogerie en septembre 2010. En octobre, on me demande de faire un exposé concernant l’habillage de la montre. Ayant été apprenti douane (en Gestion Logistique et Transports) à DuPont de Nemours pendant 1 an en 2009-2010, je décide de faire un cours sur les poinçons en horlogerie-bijouterie. Il est au format paysage pour s’adapter au cours déjà existants de l’école d’Horlogerie de Rennes.

Ci-dessous mon cours sur le poinçonnage en France et en Suisse.